14 janvier 2007 - Escalade à la tour centrale du Paine

Grimper en Patagonie, n'est pas facile!
Je ne pensais pas que l'on pouvait faire de l'escalade avec un pull, une doudoune et un coupe-vent...ainsi qu'un collant, un pantalon et un sur-pantalon!
La Patagonie permet en tous cas d'utiliser toute la garde robe apportée au camp de base!
Partis le lendemain de l'arrivée de Stéphanie et d'Arnaud, la location de deux chevaux nous aide à monter les 100 kgs de sacs de matériel et nouriiture jusqu'au refuge Chiléno. Ils sont remplacés à partir de là par Henri et Jean-Paul (mais qui portent moins !!) afin de rejoindre notre camp de base, le camps des japonais situé encore à deux heures de marche.
Nous avons devant nous 8 jours pour tenter la voie normale "Bonington" (voie anglaise) sur la tour centrale de Paine, la plus belle et la plus dure des 3 tours, ce qui compte-tenu de la météo patagonienne est vraiment peu.
Nous decidons dès le lendemain de faire une tentative, profitant des derniers jours de beau avant une dégradation du temps annoncée. Au pire, cela fera toujours une reconnaissance et un portage!
Nous partons donc à 3h du matin, remontant la longue morraine... nous arrivons vers 5h au pied du couloir de neige. Mais la température un peu trop clémente a rendu la neige trop molle, et nous oblige à continuer à marcher encore trois heures sur les blocs instables pour rejoindre le pieds de la face.
Le vent fort souffle en rafales; nous nous couchons sur les pierres pour résister aux rafales les plus violentes et les sacs se font lourds. Nous commençons néanmoins les trois longueurs faciles jusqu´à la brèche.
Le spectacle est alors magnifique: nous surplombons le lac bleu et la vallée verte qui s´étire jusqu'aux plaines...mais le vent est toujours bien présent! Mettre les chaussons devient alors impossible pour arriver au sommet des fissures qui se dressent au dessus de nous.Il paraît raisonnable de renoncer...
Notre retraite sera plus rapide que la montée: nous égrénons le matériel à différents endroits pour une prochaine tentative et nous descendons sur les fesses le bas du couloir!
Le temps s'est effectivement dégradé et nous passons alors cinq jours à dormir, lire, jouer aux boules avec deux Suisses qui attendaient aussi une acalmie, bref, à occuper le temps alors trop long comme on peut.
Pour repartir, chaque cordée a sa méthode: pour les suisses, se lever à trois heures du matin, regarder le ciel et partir si les étoiles scintillent.... pour nous, dormir et attendre que le barômètre monte vraiment!
La neige qui tombe au camp l'avant dernier jour nous met tous le moral encore plus bas, les suisses décident alors de renoncer et de descendre après 15 jours d'attente au camp et d'essais infructueux.
Le même soir le barômètre remonte. Nous decidons de faire une ultime tentative...de toute façon, il faut récupérer le matériel déposé le premier jour!
Nos sacs plus légers, le couloir de 800 mètres bien gelé, crampons aux pieds, nous progressons rapidement vers la brèche. Le lever du jour est féerique avec ce paysage recouvert d'un manteau blanc et les sommets de granit rougeoyant avec le lever du soleil.
Après une petite soupe qui nous réchauffe, Arnaud attaque les premières longueurs. Une très belle escalade athlétique en fissure, sur un granit orangé. Je prends ensuite le relais pour les trois longueurs difficiles en escalade artificielle. Le vent commence alors à souffler et Stéphanie finit la voie dans le brouillard.
Le sommet est atteint vers 17h et nous essayons de nous réchauffer les pieds et les mains car le froid et le vent nous donne des onglées. Les bouteilles d'eau commencent à geler dans les sacs...
Après quelques photos du sommet, nous commençons nos 16 rappels...
Le vent souffle de plus en plus fort. Des rafales font remonter au dessus du relais les cordes qui s'emmèlent et se bloquent. Après plusieurs galères, je suggère à Arnaud de les mettre dans le sac et les dévider pendant la descente. D'abord réticent par crainte de perdre trop de temps, il finit par essayer.Cela nous aide un peu. Malgré tout, la nuit commence à nous envelopper et les rafales de vent puissantes nous envoient dans la face Est vertigineuse, tels de simples pantins dont elles se joueraient.... En dépit de tous nos efforts, deux cordes restent bloquées et vers minuit nous decidons d'attendre le matin pour essayer de remonter et les décoincer si le vent faiblit. Nous pouvons enfin remettre nos grosses chaussures et manger un peu. Nous passons la nuit collés les uns aux autres en tenant au dessus de nous la couverture de survie pour garder un peu de chaleur...
Le jour se lève mais le vent est toujours aussi fort.
Transis par le froid et fatigués, nous terminons les 4 rappels avec notre corde de sécurité et les bouts de cordes coupés...
La descente du couloir toujours gelé n'est alors pas aussi ludique que la première fois...les jambes sont fatiguées et les sacs plus lourds!
Nous atteignons le camp à 13h, juste pour manger un peu et s'effondrer dans les duvets, après 36 heures sans dormir...Je m'apperçois alors que mes doigts de pieds n'ont plus de sensations; ils sont tout blancs et gonflés...un peu gelés! Rien de très grave, heureusement, mais il va falloir faire attention à ce qu'ils ne prennent plus froids ....
Nous sommes néanmoins ravis d'être arrivés sur ce sommet qui se mérite car la marche d'approche est longue...et les conditions météo loin d'être aussi clémentes que dans nos Alpes!
Descendre en rappel les voies demande plus de temps que l'escalade! 5 heures de marche depuis le camp, 8 heures d'escalade, 7h+2 heures de rappels, 5 heures de descente et 6 heures pour une nuit inoubliablement ventée!!!
Mes pieds s'en souviendront longtemps, je crois ! Mais également ma tête avec des images et des sentiments d'exaltation et de satisafaction intenses.
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